La liturgie de la sainte nuit de Pâques, que l’aménagement de l’espace sacré rend encore présente à nos yeux, nous éblouit toujours ce matin, comme si la splendeur de la résurrection du Christ, qui a irradié l’obscurité du monde cette nuit, faisait encore pâlir le jour. Le jour brille, en effet, mais ce n’est pourtant pas la lumière du soleil qui nous éclaire ce matin : c’est la lumière de ce grand cierge, symbole du Christ ressuscité, qui s’est dressé cette nuit, qui s’est levé ; lui qui était couché, blanc et raide comme un cadavre, le voici dressé et ardent, revenu à la vie ; la cire froide prenant des couleurs, et s’amollissant sous l’effet de la chaleur, comme nos cœurs froids se dilatent et se fondent, sous l’effet du feu de la charité.
Le soleil, certes, est bien là, lui aussi ! Toute la nature s’était affligée du spectacle lamentable auquel nous avons assisté vendredi, comme nous l’avions lu dans le récit de la Passion ; mais c’est oublié. Voilà que la nature se pâme pour son créateur : la chaleur nous enivre, les fleurs s’ouvrent vers le ciel, les arbres reviennent eux aussi à la vie ; toute la création chante la victoire du créateur sur le néant, et participe au culte que rend l’Église en ce saint jour. Dans la liturgie pascale, en effet, toute la création est convoquée à travers les quatre éléments qui font sa composition fondamentale : le feu, la terre, l’air et l’eau ; et c’est pourquoi la belle liturgie catholique prend aux tripes, bien plus que tous les artifices du monde, elle parle à notre être.
Le feu, le premier, nous a rassemblé autour de lui, hier soir. Il nous a réchauffé, puis sa lumière nous a guidé à travers les ténèbres. À sa lumière, nous avons relu les prophéties, et les avons comprises ; non pas que tout mystère s’est dissipé, mais nous en avons saisi l’essentiel : leur réalisation en la personne de Jésus, le Christ. De la terre, à laquelle nous avions confié le corps adorable de Jésus, nous avons tiré le charbon. Par le charbon et le feu, nous offrons l’encens, dont nous avons empli l’air dans le sanctuaire, afin qu’il s’élève avec nos prières vers le trône de Dieu. L’air, lieu du souffle de l’Esprit : le souffle de Dieu créateur sur les eaux primordiales, souffle du Père annonçant son Fils par les prophètes, souffle du Dieu rédempteur sur ses apôtres qui virent apparaître des langues de feu. Air qui chassa l’eau de la Mer rouge, pour permettre aux hébreux de marcher sur la terre, eau qui se referma pour les délivrer de l’esclavage. Feu et nué qui les guidèrent encore, vers la terre, la terre promise aux juifs, préfiguration du Ciel promis à tous les enfants de la poussière de la terre, qui empruntent aussi la voie des eaux du baptême guidés par le feu de l’Esprit.
Toute la création, par ses éléments, se trouve donc mobilisée dans l’histoire du salut – et de notre propre salut – et donc aussi dans la liturgie de l’Église. Par la rédemption, le Christ fait comme une nouvelle création, une ré-création : il rend nouveau ce qui était ancien et fatigué par le péché. Il nous a renouvelé par le feu de l’Esprit et l’eau du baptême : notre vie a rejoint la sienne, mais cet évènement n’appartient pas seulement au passé, il est encore un gage d’avenir.
Le Christ alpha et oméga est le commencement et la fin de la création, et donc de toute créature, et de nous aussi. La sainte lumière de Pâques ne doit pas rester un chaleureux souvenir, que l’on évoque avec émotion. Cette lumière doit encore être reçue quotidiennement comme une réalité et une promesse : le fait que cette création passera un jour, que dans quelques heures ou quelques dizaines d’années – Dieu seul sait – nous passerons nous-mêmes, à la suite du Sauveur, par l’autel de la croix et l’obscurité du sépulcre. Mais ce qui ne passera pas, c’est la lumière de Pâques, qui se fera, au contraire, toujours plus radieuse aux yeux de ceux qui auront vu ici-bas, dans cette petite flamme, l’annonce et le gage de la gloire immortelle.
Que la lumière du Christ ressuscité guide donc nos pas tous les jours de notre vie. Joyeuses Pâques !

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