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Homélie pour la solennité de l'Épiphanie du Seigneur

 Dans la première lecture que nous avons entendue, le prophète Isaïe acclame la lumière qui est apparue dans la crèche, à Bethléem, et dont nous célébrons, en cette fête de l’Épiphanie, la levée sur le monde : « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, la gloire du Seigneur s’est levée sur toi ! ».

Le grand cycle des mystères de la nativité a pour thème central la lumière. Ce cycle commence avec l’Avent et la fête de l’Immaculée conception de la sainte Vierge Marie, le 8 décembre, célébrant la première victoire acquise à la lumière sur la nuée obscure du péché dont parle Isaïe, qui couvrait tous les peuples de la Terre. Ce cycle des mystères liés à la venue du Christ dans le monde s’achève le 2 février, avec la fête de la présentation de Jésus au Temple, au cours de laquelle nous lisons les paroles du vieillard Siméon : « voici que mes yeux ont vu la lumière que Dieu révèle à toutes les nations » ; dans cet esprit, il est d’usage, à l’occasion de cette fête, de bénir des chandelles et faire une procession, et c’est pourquoi on appelle encore cette fête : « la chandeleur ». La célébration de la lumière se retrouve du début à la fin du cycle liturgique de la Nativité, et culmine sur un double somment : celui de la fête de Noël, célébrant la venue dans le monde de celui qui est « la vraie lumière, qui illumine tous les hommes », comme le dit saint Jean, la « lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » : Jésus, le Christ, et le sommet de l’Épiphanie, à partir duquel la lumière du Christ brille sur le monde entier, et que nous célébrons à partir de ce dimanche à travers les trois mystères que la sainte liturgie déploie en les juxtaposant : la venue des Mages à la crèche, le baptême du Seigneur et les noces de Cana.

L’évangile que nous venons d’entendre nous amène à comprendre que lumière a trois effets principaux : elle nous donne à voir, elle nous guide et elle nous réchauffe. C’est en scrutant la lumière des étoiles, dans le ciel, que les Mages comprirent, par des signes, quel évènement merveilleux était sur le point de se produire. La lumière nous fait comprendre les choses qui, sans elle, demeurent obscures, comme cette prophétie de Michée, rapportée par saint Matthieu dans son évangile, qui annonçait la naissance du berger d’Israël dans cette petite bourgade de Bethléem.

C’est en suivant la course d’une étoile que les Mages furent conduits en Terre sainte, jusqu’à la crèche : « voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait – dit l’évangéliste – jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant ». La lumière venue du ciel conduit les voyageurs jusqu’à leur destination, et leur permet de rentre chez eux.

La lumière, enfin, est associée à la chaleur, et fait mêler aux Mages la joie et l’adoration lorsque « ils virent l’enfant avec Marie sa mère », un peu comme nous aimons, lors d’une froide journée d’hiver comme celles que nous vivons ces jours-ci, tourner notre visage vers le soleil et nous laisser réchauffer par ses rayons.

De la même façon, la lumière du Christ nous éclaire dans la foi, nous conduit dans l’espérance et nous réchauffe dans la charité. La célébration des mystères de l’Épiphanie nous invite à renouveler notre vie théologale, notre vie de foi, d’espérance et de charité, non seulement pour nous, mais encore pour les autres. Car la lumière, par nature, tend à se répandre, à se diffuser, à se réfléchir partout.

« Tu verras [Jérusalem] – poursuit Isaïe – tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera ». Comme la lune renvoie la lumière du soleil pour illuminer à son tour la Terre lorsqu’elle se trouve dans les ténèbres de la nuit, les chrétiens sont invités à renvoyer quelque chose de la lumière du Christ dans le monde qui ne le connaît pas. Alors même que nous célébrons ce dimanche le rayonnement de Noël qui atteint son paroxysme, le monde, lui, est déjà sur le point de remballer ses illuminations et semble digérer douloureusement les festivités du jour de l’an… Le voilà prêt à retourner dans l’obscurité, tandis que nous voilà invités par le rythme de la liturgie de l’Église à aller vers lui pour « que toutes les nations [soient] associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile », dit saint Paul aux Éphésiens.

Or, la lumière que nous célébrons ce dimanche nous fait comprendre qu’il n’y a pas de mission qui ne repose sur une vie théologale profonde. Il n’y a pas d’annonce de l’évangile possible sans les vertus de foi, d’espérance et de charité profondément ancrées en nous. Nous n’annonçons pas un Christ éthéré, ni un amour inconsistant : nous annonçons la naissance, la mort et la résurrection d’une personne réelle, de qui l’on peut parler concrètement dans la foi. Nous annonçons et espérons réellement la vie éternelle, et pratiquons une charité vraie, au-delà d’une gentillesse mièvre et superficielle, qui consiste en un attachement réel envers Dieu et son Église, et un réel intérêt pour le bien de notre prochain. Et puisque c’est sur Dieu que repose notre vie intérieure, à travers les trois vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, c’est lui qui agit à travers nous, lui que nous laissons agir en nous et autour de nous dans la fidélité et la confiance en sa Parole, et non pas en nos propres forces.

Transformés par la lumière de la crèche et dociles aux inspirations de l’Esprit saint, les Mages s’en retournèrent chez eux par un autre chemin que celui par lequel ils étaient venus. L’Épiphanie nous transforme, elle nous pousse à la conversion, c’est-à-dire à persévérer dans le fait de se détourner du péché pour marcher plus sûrement vers notre patrie, qui est le ciel ; l’Épiphanie nous invite à la conversion : la lumière de la crèche nous presse de chasser les ténèbres qui peuvent parfois régner en nous et autour de nous.

Le début d’année, c’est le temps des bonnes résolutions. À l’exemple des Mages, nous sommes invités ce dimanche à contempler la pureté incarnée et à invoquer le secours de l’Esprit aux sept Dons : dons de conseil et de science, d’intelligence et de sagesse, de force et de crainte filiale, et de piété envers Dieu, afin de réévaluer si la route qui est la nôtre est un chemin assuré vers le ciel, sous la conduite de notre belle étoile, Marie.

Amen.


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