Les lectures de ces derniers jours nous préparent de façon prochaine à la célébration de la Nativité du Seigneur par l’exposé des circonstances de son avènement. Nous lisions, la semaine dernière, la généalogie de Jésus-Christ depuis les patriarches, puis nous avons reçu la promesse de l’apparition du dernier et du plus grand des prophètes : Jean-Baptiste. Enfin, nous avons reçu l’annonce de la naissance du Messie tant attendu, dont l’avènement est désormais tout proche. L’évangile que nous venons d’entendre place, en effet, sous notre regard, la figure de saint Joseph et nous fait partager ses sentiments face à l’annonce de la conception miraculeuse de Jésus.
Voilà que le père putatif du Seigneur entre en songe. Le pape François faisait remarquer qu’il y a, à travers ce songe, une allégorie de notre vie spirituelle, de la façon dont nous envisageons les évènements et les défis majeurs qui se présentent à chacun de nous, à la lumière de la foi.
Le songe ressemble au rêve dans le sens où ces deux termes impliquent un certain isolement du monde extérieur, une retraite à l’intérieur de son esprit. Mais tandis que le rêve est un état de conscience diminué, le songe, lui, semble, au contraire, être lié à une forme de rationalité. On dit trivialement à quelqu’un qui a des espérances totalement irrationnelles : « tu rêves ! ». En revanche, lorsque l’on veut faire appel à la mémoire, on dit : « songe à ce qu’il s’est passé ! », pour dire : « souviens-toi, rappelle-toi », et lorsque l’on veut inviter à la raison, on dit : « songe à cela », pour dire : « penses-y bien ».
Le songe, contrairement au simple rêve, est donc lié à une forme de réflexion, mais, comme le rêve, il est aussi lieu de l’intimité, du retrait en soi-même. Le songe semble être au carrefour de ces deux mondes, le lieu de la méditation ; « cet espace intérieur – disait le pape – que chacun est appelé à cultiver et à garder, où Dieu se manifeste et souvent nous parle ».
Mais il se peut que notre âme soit pleine de bruit, et que nos pensées se perdent dans un vacarme qui empêche d’entendre Dieu nous parler : brouhaha de nos peurs, de nos craintes, de nos regrets, de nos soucis pour les choses sans importance, ainsi que le tapage que fait le grappin, comme disait le saint curé d’Ars, qui se complait dans la cacophonie. Dieu ne parle pas dans le fracas, sa voix est un murmure, comme le léger bruissement que fait l’eau d’un ruisseau qui caresse les pierres de son lit et, avec le temps, creuse de larges vallées.
C’est pourquoi l’esprit de prière, l’esprit d’oraison, est indissociable de l’esprit de silence, qui fait taire les tapages de ce monde pour écouter la voix du Seigneur. C’est une des choses sur lesquelles le temps de l’Avent nous invite à réfléchir, et particulièrement la figure de saint Joseph, sur laquelle nous méditons ce dimanche. Le monde qui nous entoure est plein d’agitation, mais vide de Dieu : il se perd dans une continuelle fuite, et expose les décorations de Noël en novembre, offre la galette des rois à Noël, et se gave de chocolat pendant de carême. L’esprit mondain veut toujours plus et toujours plus vite car il lui manque l’essentiel : le trésor que nous, nous possédons dans la foi, l’Emmanuel : Dieu-avec-nous.
Dieu est avec nous, il est présent, et nous fait vivre dans la réalité présente, avec sa grâce. Il ne nous appartient pas d’avoir des regrets, il faut les confier à la miséricorde de Dieu. Il ne nous appartient pas d’avoir des peurs, il faut les confier à sa providence. Il nous appartient de vivre de la grâce dans la foi, qui nous fait passer de l’agitation à la contemplation. La foi est un contenu doctrinal : c’est l’enseignement de la Bible, du catéchisme, de la théologie, etc. mais c’est aussi un acte. Une chose est de croire que Dieu existe, autre chose est de croire « en » Dieu. « Ne crains pas, Joseph, fils de David – dit l’ange du Seigneur – sois sans crainte, Marie » ; « n’ayez pas peur, n’ayez pas peur de donner votre vie au Christ », disait Jean Paul II à la jeunesse de France. Posez des actes de foi, croyez en Dieu.
C’est dans le silence de son cœur que saint Joseph reçut la consolation de ses doutes : non la solution de toute difficulté, mais la certitude que Dieu était avec lui et que son chemin était, de façon mystérieuse, un chemin de salut. Dieu était avec lui, Dieu avec nous, c’est encore de cette façon que salue le peuple chrétien celui qui annonce l’évangile dans le cours de la sainte liturgie, et c’est encore ainsi que s’ouvre la préface de la prière eucharistique : « le Seigneur soit avec vous » ; que souhaiter d’autre ?
Dieu est plus intime à nous que nous ne le sommes nous-mêmes, disait saint Augustin. Il nous arrive souvent de vouloir le chercher autour de nous, guetter ses manifestations, comme par voyeurisme spirituel. Mais un signe nous a déjà été donné une fois pour toutes : celui prophétisé par Isaïe et réalisé en Jésus par Marie : « voici que la Vierge est enceinte, et elle concevra un fils ».
« Quand Joseph se réveilla, il fit tout ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit », sans chercher de confirmation, mais docile à l’intuition reçue dans la prière : « il prit chez lui son épouse » et, ainsi », Dieu fut vraiment avec lui.
Amen.

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